Play & Taste

Play & Taste
Je dors. Je dors mais je respire. Je m'offre ainsi à la vétusté de mon être intérieur, autant dire que si murs il y a, ce ne sont plus que les tristes lambeaux de ses peurs. Je dors mais je vois. Ce ne sont pas mes yeux qui observent, mais cet inconscient si hâtif et pressé qu'il en oublie de juger.

Et juger de quoi? Il se sent coupable avant que d'être victime, il se sent triste avant que d'être heureux. La victime heureuse, voilà que s'illustre l'accalmie des sens, de mes sens. Au fond, je ne quémande rien de plus que la fatigue, celle qui me poussera à accepter sans jamais m'interroger, celle qui saura faire de moi cette victime heureuse, touchée par la grâce, qui ne m'est alors rien d'autre qu'une jouissive débilité.

La complexité des raisonnements auxquels je m'offre tout entier, sûrement trop entier, déchire une par une les fines lamelles de mon existence. Alors que certains ne voient que ce qu'ils désirent voir, d'autres subissent leur pleine incapacité à dominer leur volonté. Maître de nulle chose, maître de rien si ce n'est de son corps, les réflexions se veulent libres de toute autorité.

Je ne suis libre de rien, mon corps n'est que le simple et occasionnel outil de ma pensée, mûre d'un trop plein de travaux abstraits. Il lime sa ligne de conduite, il la ronge, elle cède mais l'entraîne avec elle, lui qui s'était d'ores et déjà assis dessus.

Mais suis je cette folie? Il agit sur son environnement sans songer à sa propre nature, indélicate attention, impie car cruelle, ou bien fautive car non souhaitée.

Je dors. Néanmoins, je m'éveille au milieu d'une mer d'étoiles. Il devrait avoir le courage de s'avouer vaincu, celui qui n'a plus d'autres solutions que de réfléchir à son sort, de se soustraire à son tort.

Douce réalité, tout cela n'était il qu'un songe? Alors laisse moi y retourner. Je m'y complais, je veux m'y noyer, sentir ma dernière inspiration avant que je n'amorce ma blâmable plongée, sentir ce souffle qui me manque et tes yeux m'observer.

_
# Posté le mardi 23 juin 2009 23:43
Modifié le mercredi 24 juin 2009 01:12

Sic

Sic



Vision utopiste ? Non, plus simplement revendicatrice. Pourquoi ? Parce que les choses ne semblent pas être ce qu'elles devraient être. Une (juste) impression de voir à notre tête une sorte de nomenklatura politique destinée à faillir, et dont la seule réflexion, étude actuelle, semble être la recherche d'un procédé visant à faillir le moins durement possible, ou mieux encore, si faillite il y a, à ne pas en être éclaboussée.

Je regarde à côté, et je me rends compte qu'il existe d'autres choses. Divers côtés, diverses choses qui, si elles se voyaient assemblées, mêlées les unes aux autres, seraient l'essence même d'un nouvel ensemble hégémonique et harmonieux, et dont la dissociabilité des nombreux éléments qui le forment aujourd'hui, cet ensemble désorganisé, divisé, manipulé, ne serait plus l'unique et primitif ressort.

Nous ne serions qu'un, et d'une seule voix, parfaite, et par conséquent unique, nous nous exprimerions au nom de tous, pour tous.

Alors que nous n'avons qu'à faire fi de nombreux pans de notre passé, nous nous obstinons à n'en être que la prévisible conséquence, acculés dos au mur, et alors que ce passé n'a de cesse de nous rattraper, le mur quant à lui, inflexible ou presque, ne bouge pas, ou alors tendrait à resserrer l'étau sur nos personnes. Ainsi est ce vers quoi je nous vois nous diriger, un semblant de société humaine, qui n'est finalement que la frêle et trop fragile ombre d'un modèle tant espéré, peut être déjà conçu, mais que cette caste dirigeante n'aura jusqu'à présent su que frôler.

Bien sûr, des leçons sont à tirer de ce passé précédemment évoqué, mais celui-ci n'a pas vocation à demeurer la base même de nos conditions d'être. Des leçons qui, une fois appliquées à la situation présentes, pourraient se révéler bénéfiques à plus et moins longs termes.

Scions donc cette fine et fragile (à juste titre) branche sur laquelle nous nous asseyons, nous amusant même à nous balancer dessus alors que nous la sentons prête à céder et dans sa chute à nous entraîner.

Le problème est que la scie n'appartient qu'à un petit groupe de personnes plus occupées à organiser, planifier leur propre existence plutôt que celle de la société qui au sommet a fait l'effort de les hisser, aveuglée par leur semblant d'espoir pour un futur hypothétiquement meilleur. Une société corrompue par la bêtise d'une partie de ses propres composants, rongée de l'intérieur par la soi disante innocuité des pensées et réflexions de ces mêmes composants, dans l'incapacité de discerner le bien du mal, tout aussi bien que le vrai du faux, la vérité du mensonge. Pire encore, certains semblent se complaire à avaler, à manger avec avidité, toujours plus de fausses promesses qui pourtant, dès la première approche qu'ils en font, devraient leur apparaître absurdes, intenables car irréalisables.

On parle d'élitisme alors que nous ne devrions parler que de bon sens. Les lacunes des uns ne devraient pas infliger aux autres des peines dont ils ne sauraient être responsables, ces derniers n'ont pas à pâtir de la foi aveuglée, du panurgisme provocateur, de l'esprit moutonnier de ces âmes débiles, qui n'ont de cesse de tenter de se confondre au (mince) reste de la société, afin de se sentir assimilées à un groupe d'individus dont ils n'arrivent pas à gagner l'esprit éclairé.



# Posté le mercredi 15 avril 2009 17:43
Modifié le jeudi 16 avril 2009 07:56

Way of compensating

Way of compensating


L'ignare feint-il ? – Oui, il joue sa pièce.
Sa pièce ? – Non, l'instant présent.


Volupté des sens, affranchis de la volonté, de son emprise, de son despotisme.


« Tonight, I'm gonna rest my chemistry. » Interpol


Feux d'artifice au plus profond de l'obscurité, il s'attelle à la tâche. Elle le tient en haleine, et lui la poursuit, mais ne l'atteint pas, ne l'accomplit pas, plonge dans l'infini. Une course à sa rencontre, en somme.

On pense son âme robuste, forte et fière, et l'on se trompe. Elle est frêle, fragile et délicate. Le souffle chaud, le souffle court, et se rendre compte de l'ineptie de ses pensées.

Jouer des mots, se jouer du beau et chercher à maîtriser l'indomptable désir, l'insaisissable, se sentir l'essence même de la pleonexia humaine.

On se perçoit créateur, et l'on se rend compte que nous ne sommes que fluctuante matière, sauve de toute récidive puisque trop incertaine, « We're wasting memory, when our mind is frozen. » Celdweller


Et l'on ressent cet effet, celui qui ressemble à ce vent coulis, tordant, mais à l'intérieur de la chair.

Et l'on poursuit notre course, contre le temps, au travers de ces caillouteux chemins de traverse ; que la lumière passe, j'attends.

Rien d'autre pour le faire changer, « she's back, now she's gone, so far after so long ». Blackfield


Déguiser sa propre pensée, embrasser l'irrationalité ; et qu'on lui accorde la grâce, lasse, qu'on l'embrasse même, sa plainte.


« One last trip makes us wanna go back
To the place that we belong,
'Cause there ain't no way,
To take all the blame
From the crash of coming down
.
» Bang Gang


Et que ses peurs le trahissent, qu'elles affûtent ses angoisses et l'agonisent post mortem d'injures, qu'elles s'offrent à sa perte comme il n'aura eu de cesse de s'offrir à elles.


« That's like a disease, piece by piece. » Feeder

Enfin l'échappée, enfin la nouvelle conquête, enfin la liberté.

« (...) A heart, ticking like a time-bomb. » Kill Hannah


Et j'étendrai mes mains à ses côtés, pour qu'ainsi se passe le temps, dans un dernier soupir s'éteigne le temps, le temps qu'il l'ait bue, la ciguë.



# Posté le jeudi 19 mars 2009 08:46
Modifié le mardi 24 mars 2009 17:25

"Je vois le Bien, je veux le faire et je fais le Mal. Je vois le Mal que je fais, et pourtant je veux faire le Bien." St Paul

"Je vois le Bien, je veux le faire et je fais le Mal. Je vois le Mal que je fais, et pourtant je veux faire le Bien." St Paul

...

Il est de ces fois où je me vois respirer, lorsque l'air se veut rare et que la flamme de ma bougie tend à vaciller. Je ne suis pas l'un de ceux qui sollicitent cette émotion, non, son authenticité ne peut résulter que de son prompt caractère, celui qui la fait jaillir soudainement sans que l'on n'y soit préparé. Et c'est à cet instant, seulement, que l'on éprouve son immensité, que l'on se libère de son soi astreignant, que l'on se meut, s'émancipant de tout obstacle. Jusqu'à ce que l'adrénaline ne nous ait libérés de ces bracelets, nous nous voyons enclins à endurer ce que l'on nomme communément catalepsie, hypnotisés par une énergie sans corps, foudroyés par une force transcendante. Cet instant de débilité, nous ne pourrions nous en affranchir, car il est de ce qui nous amène à connaître l'éclatante vérité. Trop peu savent ce que nous sommes véritablement, et pourtant trop nombreux sont ceux qui arguent de leur soi disante connaissance pour soutenir de nébuleuses théories. Cette sensation n'embrasse aucun équivalent, ainsi la pénurie dont elle est l'essence, et qu'elle se permet d'infliger à l'homme, n'en est que plus douloureuse. Les précieuses personnes qui l'ont appréciée en sont devenus les humbles sujets, et toutes ne pourraient que s'humilier si elle venait à reparaître en leurs âmes. Telle est la condition que je supporte en ces instants.

Titius.

...
# Posté le lundi 02 mars 2009 15:00

Résumé du texte de P. Murray, Après l'Histoire. Vol 1, Les Belles Lettres, 1999 (p.13 à19)

Résumé du texte de P. Murray, Après l’Histoire. Vol 1, Les Belles Lettres, 1999 (p.13 à19)



Titre : La civilisation hyperfestive, signature d'un monde nouveau qui s'auto émule.


De nos jours, la société se pare à tout grief auquel elle n'aurait pas songé. Ainsi, elle crée ses propres protestataires et surtout les met en relief, en vue de devenir maître de la situation. Ces harkis vont donc à l'encontre même de la liberté.

Plus globalement, c'est en incorporant ses propres contradictions en son sein que la civilisation vise à la plus irréprochable des dominations. En se faisant l'instigatrice de ces contestations, qu'elle a désormais apprivoisées depuis bien longtemps, la civilisation actuelle souhaite empêcher les authentiques critiques de naître d'elles mêmes.

Cependant, bien que la civilisation naissante se veuille la protectrice des actions ayant pour but de saper les valeurs et institutions établies, elle ne soutient qu'un ensemble de critiques analogues, ce qui laisse les véritables objections identifiables.

La raison pour laquelle je qualifie cette civilisation d'hyperfestive est que l'innovation dont elle fait preuve requière des termes neufs qui puissent décrire ce trait de caractère. Son examen ne peut quant à lui s'appuyer que sur d'anciennes méthodes d'étude, vides de toute illustration puisque décrivant quelque chose de nouveau. De prime abord, l'étrangeté de l'examen prévaudra sur le reste, jusqu'à ce que le temps atteste de sa véracité.

Cette civilisation dite hyperfestive introduit le règne de la festivisation soutenue en tant que travail. Ce règne rompt avec toute autre forme de festivité, telle qu'a pu l'être la « civilisation des loisirs ». De même, il s'agit désormais d'une hyperfestivité inclusive dont l'incessant exercice amène la société à perpétuellement évoluer. C'est ainsi qu'elle fait de la fête l'essence même de la société. Les répercussions de cette évolution sont multiples. Nombre de festivités plus abracadabrantes les unes que les autres émergent, à l'image de la Mairie de Paris qui, à la veille de l'an 2000, proposera à la population de voir la Tour Eiffel pondre un gigantesque oeuf.

Quoi qu'il en soit, il suffit parallèlement de dévoiler ce qu'il en est des caractéristiques les plus turpides de cette civilisation pour ne plus rien y saisir, mais aussi pour préparer tout un chacun à vivre dans cette nouvelle société. Halloween n'est pas une fête ancrée dans la culture française mais a aujourd'hui pris une place colossale en France. Elle contribue à l'instauration de cette civilisation où la forme supplante le reste, laissant libre les grands industriels d'en faire ce qu'ils souhaitent.

Dorénavant, l'expansion du caractère festif de la civilisation lui a ôté toute singularité à ses festivités. Ainsi, la plaisanterie qui autrefois était la marque du plaisir devient celle de la victime de cette nouvelle société. L'individu évolue dans une civilisation où il lutte par nature, et dans laquelle il n'a donc pas à justifier son combat, sans qu'il existe une quelconque finalité à cela. Ainsi, l'Eglise hyperfestive dicte la conduite à suivre, et selon laquelle aucun sacrilège n'est admissible. Tout comme la civilisation est théologiquement venue de rien, la festivocratie, elle, vient après tout.

La perte d'utilité que connaît l'individu dans un monde qui se désagrège et connaît les pires horreurs a accru son angoisse à un tel point qu'il est maintenant nécessaire d'équilibrer la balance de ses ressentiments. C'est ici que le régime hyperfestif apparaît comme le poids idéal afin de faire face à l'affaissement du nombrilisme général. En usant massivement d'une certaine gratitude, loin de ce qu'a pu être la gloire apportée par la bravoure, alors l'équilibre se voit rétabli. Il s'exprime alors un amour-propre moutonnier.

De cette façon, la fête devient le moyen d'entériner ce sentiment d'orgueil, donc cette civilisation hyperfestive, mais aussi de faire des citoyens une seule et unique divinité. C'est ce même sentiment qui fut le pourfendeur de l'Eglise, et fit naître de ses cendres le panfestivisme. De même que l'hyperfestivité de la civilisation avale toute forme de fêtes, ce panfestivisme absorbe tous les cultes, ne leur permettant plus d'entrer en conflit les uns avec les autres. La religion se plie donc aux exigences de cette nouvelle civilisation.

A travers les nouvelles revendications festives de certaines personnes pour des fêtes toujours plus colossales, il faut voir le devoir de toute bienséante personne au sein de cette nouvelle société, que j'appelle empiriquement l'Homo festivus.

Total mots : 739



# Posté le samedi 21 février 2009 15:34